Pendant près de dix ans, le Développement Professionnel Continu (DPC) a constitué un pilier central de la formation des professionnels de santé en France. Un dispositif singulier, à la fois par son ampleur et par son mode de financement, qui arrive aujourd’hui à un tournant décisif.
Avec la fermeture annoncée de l’Agence nationale du DPC fin 2026 et l’entrée progressive dans l’ère de la certification périodique, une question centrale se pose : qui paiera demain la formation continue des soignants ?
Un modèle français atypique
Le DPC à la française a longtemps fait figure d’exception.
Dans la majorité des pays occidentaux, la règle est claire :
- les professionnels de santé ont une obligation de mise à jour des connaissances,
- le financement repose sur eux-mêmes lorsqu’ils exercent en libéral,
- ou sur leur employeur lorsqu’ils sont salariés.
En France, l’État a fait un choix très différent :
- prise en charge directe du coût des formations,
- indemnisation de la perte de revenus,
- pilotage national via une agence publique.
Ce modèle a permis une montée en compétence massive, mais il a aussi installé une forme de dépendance structurelle au financement public.
2026 : des signaux faibles… mais convergents
L’année 2026 marque une rupture nette dans cette logique.
Fin de l’indemnisation pour l’e-learning
Les formations en e-learning, pourtant largement plébiscitées pour leur souplesse, ne donnent plus droit à une indemnité de perte de revenus.
Un signal fort, qui remet en question l’un des leviers historiques d’adhésion au DPC.
Baisse des niveaux de prise en charge
Les plafonds de financement des formations ont été nettement rabotés, rendant certains formats moins viables économiquement, tant pour les organismes que pour les apprenants.
Ces évolutions ne sont pas anecdotiques : elles traduisent une volonté claire de désengagement progressif de l’État.
2027 et après : vers une formation à la charge des soignants ?
La bascule vers la certification périodique pourrait accélérer ce mouvement.
Si l’obligation de se former reste affirmée — voire renforcée — les modalités de financement, elles, restent floues.
Plusieurs scénarios se dessinent :
- un financement public partiel et ciblé,
- une prise en charge par les employeurs pour les salariés,
- un reste à charge croissant pour les libéraux, voire une formation entièrement autofinancée.
Autrement dit, le modèle français pourrait se rapprocher de celui de ses voisins européens, où la formation continue est considérée comme un investissement professionnel personnel.
Une transition à haut risque
Le risque n’est pas seulement économique.
Un basculement trop rapide pourrait entraîner :
- une baisse de l’accès à la formation, notamment pour les jeunes installés ou les zones sous-denses,
- une inégalité accrue entre professionnels,
- une tentation de formations minimalistes, choisies pour leur coût plutôt que pour leur qualité.
La question n’est donc pas seulement qui paie, mais comment préserver un haut niveau de formation sans décourager les soignants.
À quoi s’en tenir ?
Les signaux sont déjà là. La fin de l’indemnisation du e-learning, la réduction des prises en charge et la disparition programmée de l’ANDPC dessinent un changement de paradigme profond.
La formation continue restera une obligation. Reste à savoir si, dès 2027, elle deviendra aussi — pleinement — une charge individuelle.
Un débat qui dépasse largement les questions budgétaires et touche au cœur même de la qualité des