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La phrase du jour :
Cet épisode pourrait s'appeler : "La PrEP en pratique" . Comment prescrire, quel bilan initial demander et quel suivi effectuer ?
Le but de ce 3ème épisode est donc de vous donner la "recette de cuisine de la PrEP"; la conduite à tenir à appliquer en pratique au cabinet de MG si vous voulez instaurer une PrEP chez un de vos patients : indications, schémas thérapeutiques, posologies, bilans initiaux et suivi.
C'est parti 🚀🚀🚀
La PrEP est l'utilisation de médicaments antirétroviraux chez des personnes
Depuis 2026, la PrEP existe sous deux formes :
1. PrEP orale : emtricitabine/ténofovir disoproxil (TDF/FTC) 200/245 mg
2. PrEP injectable : cabotégravir (APRETUDE®) 600 mg IM à longue durée d'action
La PrEP s'adresse à toute personne de plus de 15 ans exposées au VIH. Ces indications ne sont pas restrictives ou limitatives. L'approche doit être individualisée en tenant compte des expositions passées, présentes et futures.
N'ayant pas d'indications restrictives, le MG doit surtout savoir identifier les CONTEXTES qui font qu'un patient donné peut avoir besoin de la prEP et le cas échéant en discuter aves lui.
Les 3 grands contextes qui font classiquement discuter l'utilisation de la PrEP sont :
👉🏻Contexte populationnel :
Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ou les personnes transgenres, qu’ils se définissent comme gay, bis ou hétérosexuels
Les femmes et hommes hétérosexuels originaires de pays à forte endémie (particulièrement Afrique subsaharienne, Caraïbes et Amérique du sud)
Le multipartenariat et partenaires concomittants
Les travailleur.e.s du sexe
Sexe transactionnel (argent, logement, nourriture,...)
Les usagers de drogues injectables (UDI) :
→ Partenaire sexuel ou d’injection de statut VIH inconnu ou perçu comme à risque d’acquisition du VIH
→ Partenaire(s) d’injection positif au VIH
→ Partage du matériel d’injection
Chose très importante à retenir : la PrEP peut être proposée à toute personne appartenant à l'une de ces populations, indépendamment des conduites individuelles, et à toute personne dont le ou les partenaires appartiennent à ces catégories.
👉🏻Contexte relationnel :
Partenaires de statut VIH inconnu ou perçu comme à risque d’acquisition du VIH
Partenaire séropositif pour le VIH avec une charge virale détectable ou statut virologique inconnu
Frein du ou des partenaires à l’utilisation d’autres moyens de protection
Femmes enceintes évoquant une exposition possible au VIH ou à des violences sexuelles
👉🏻Contexte individuel :
Non utilisation du préservatif lors de rapports vaginaux, anaux
Marqueurs d’une exposition (autres IST, IVG, antériorité de/suite à un TPE)
A) Contre-indications COMMUNES aux 2 formes :
• Personne vivant avec le VIH ou de statut VIH inconnu
• Hypersensibilité aux composants
B) Contre-indications SPÉCIFIQUES à la PrEP ORALE (TDF/FTC) :
• Insuffisance rénale avec clairance de la créatinine < 60 ml/min
C) Contre-indications SPÉCIFIQUES à la PrEP INJECTABLE (cabotégravir) :
• Co-prescription d'inducteurs forts du CYP450 : rifampicine, rifapentine, carbamazépine, oxcarbazépine, phénytoïne, phénobarbital
• Anticoagulant à dose curative / trouble de la coagulation (IM profonde impossible)
• Prothèses fessières (empêchant l'injection IM profonde)
A NOTER : le cabotégravir N'A PAS de toxicité rénale. Il peut donc être utilisé en cas d'insuffisance rénale ou de néphropathie — c'est une indication privilégiée de switch vers la PrEP injectable
Situations particulières : dans le cas de couples sérodifférents pour le VIH, la PrEP n'est en général pas nécessaire si la charge virale est indétectable (U=U).
1) Interrogatoire :
⚠️ Si rapport sexuel non protégé < 48h à risque de VIH : orientation vers le Traitement post-exposition ⚠️
2) Clinique :
3) Bilan biologique initial pré PrEP:
A) Bilan COMMUN (PrEP orale ET injectable) — systématique :
• Sérologie VIH 4e génération (Ac anti-VIH + Ag p24)
• ARN VIH par PCR (charge virale) — pour exclure une primo-infection
• ALAT
• Créatininémie + DFG
B) Bilan complémentaire (selon contexte) :
• Sérologie VHB (Ag HBs, Ac anti-HBs, Ac anti-HBc)
• Sérologie VHC (ARN VHC si sérologie antérieure positive)
• Sérologie VHA (IgG) si indiquée
• Sérologie syphilis
• PCR Chlamydia trachomatis / Neisseria gonorrhoeae (pharyngé, anal, urinaire/vaginal selon pratiques)
• β-hCG chez la femme en l'absence de contraception efficace
POINT IMPORTANT : le bilan doit dater de MOINS DE 7 JOURS avant l'initiation. L'absence du résultat ARN VIH ne doit pas retarder la 1re injection de cabotégravir si la sérologie VIH est négative et en l'absence de signe de primo-infection, mais le résultat devra être récupéré rapidement après l'injection.
En cas d'initiation orale de cabotégravir (phase de 30 jours), ce bilan initial sera à répéter avant la 1re injection IM.
Deux schémas disponibles : schéma continu ou schéma discontinu appelé aussi schéma à la demande
→ En dehors des contre-indications, le schéma de PrEP est un choix individuel adapté au souhait du patient et à son mode de vie au moment de la prescription
→ Quelque soit le schéma de prise, l’ensemble des rapports sexuels doit être protégés par la PreP, d’où l’importance de l'observance.
1er schéma : la prise continue :
Il peut être prescrit chez toute personne quel que soit son genre. Seul schéma recommandé pour les personnes transgenres et seul schéma recommandé en cas de portage chronique du VHB.
Ordonnance : (la prescription du générique est la règle et le remboursement est de 100%, dispensé en pharmacie de ville, seul mode de prise ayant l'AMM)
Ténofovir disoproxil / Emtricitabine 245mg/200mg 1 comprimé par jour, au cours d'un repas, à heure fixe, pendant 1 mois
Le traitement est considéré comme efficace après 7 jours de prise. En cas d'arrêt, ne pas interrompre le traitement de façon brutale. Il doit être poursuivi jusqu'à 7 jours après le dernier rapport sexuel à risque.
Le délai d'efficacité à l'initiation est le temps nécessaire pour obtenir une concentration d'équilibre pour les 2 antirétroviraux au niveau de toutes les muqueuses pouvant être exposées au VIH: pharynx, anus, urètre, vagin.
Le traitement est à prendre au cours d’un repas pour améliorer la biodisponibilité des molécules et pour éviter les troubles digestifs.
2ème schéma : la prise discontinue (N'a pas l'AMM) :
Ce schéma n’a été étudié que chez les hommes HSH.
Ce schéma ne doit pas être utilisé :
Ordonnance :
Ténofovir disoproxil / Emtricitabine 245mg/200mg
En cas de rapports sur une période plus longue, poursuivre avec 1 comprimé par jour jusqu’à 2 jours après le dernier rapport sexuel à risque.
Ce schéma ne peut être proposé qu'aux hommes hétérosexuels si le schéma continu recommandé n’et pas accepté.
Le malade doit être capable de vous redire lui même avec précision le schéma lorsque vous lui prescrivez et il est fort utile de lui redemander de vous redire le schéma lorsque vous le revoyez en contrôle afin de s'assurer qu'il a bien compris le mode de prise.
3ème schéma : la PrEP INJECTABLE par cabotégravir (APRETUDE®) [NOUVEAU 2026] :
Ce schéma est indiqué chez toute personne séronégative exposée au VIH pour qui la PrEP orale n'est pas adaptée. Aucune restriction de genre (hommes, femmes, personnes transgenres).
Deux options d'initiation :
OPTION A — SANS phase orale préalable (recommandée dans la majorité des cas) :
J0 : 1re injection IM de cabotégravir 600 mg (protection efficace dès J7)
M1 : 2e injection IM de cabotégravir 600 mg (4 semaines après J0, ± 7 jours)
M3 : 3e injection IM de cabotégravir 600 mg (8 semaines après M1, ± 7 jours)
Puis toutes les 8 semaines (± 7 jours) en entretien
OPTION B — AVEC phase orale préalable (recommandée si antécédents allergiques importants) :
J-30 à J0 : cabotégravir oral 30 mg, 1 cp/jour pendant 30 jours (pour évaluer la tolérance)
J0 : 1re injection IM 600 mg (le dernier jour de prise orale, possible jusqu'à 3 jours après)
Puis idem Option A (M1, M3, puis /8 semaines)
Technique d'injection :
• IM profonde dans le muscle ventro-glutéal ou dorso-glutéal, technique en « Z »
• Aiguille 23G (3,8 cm) si IMC < 30 ; 21G (5 cm) si IMC ≥ 30
• NE PAS masser après l'injection
Tolérance :
• Effets indésirables les plus fréquents : douleur/nodule au site d'injection (transitoire), céphalées, fièvre, élévation des ALAT
• Pas de toxicité rénale (pas de surveillance du DFG nécessaire en cours de suivi)
• Pas d'interaction avec les contraceptifs hormonaux ni avec l'alcool/drogues
🚨🚨🚨 ALERTE — Que faire en cas de retard d'injection ?
Les injections peuvent être réalisées entre 7 jours avant et 7 jours après la date prévue. Au-delà de 7 jours de retard :
→ Si relais oral pris dans les temps : reprendre les injections selon le calendrier
→ Si pas de relais oral : avis spécialisé + évaluer l'indication d'un TPE en cas d'exposition au VIH < 48h
→ Concentrations résiduelles de cabotégravir peuvent persister jusqu'à 12 MOIS après la dernière injection : risque de résistance aux anti-intégrases si infection VIH pendant cette période de décroissance
Ordonnance de dépannage (relais oral si injection impossible) :
Cabotégravir APRETUDE® 30 mg cp, 1 cp/jour pendant 30 jours, à débuter au plus tard 7 jours après la date prévisionnelle de l'injection IM.
Quelque soit le schéma, bien informer le patient que la règle d'or à suivre est : OBSERVANCE = EFFICACITÉ.
💎💎💎

On a vu les ordonnances types plus haut, mais la prescription de prEP ne doit pas se résumer à une simple ordonnance. Il convient donc de procéder par les étapes suivantes :
ETAPE 1 : Counseling sur la PrEP et la santé sexuelle (Education thérapeutique du patient) On verra plus loin comment aborder ce sujet en pratique lors d'une cs.
ETAPE 2 : Vérifier l'absence de contre-indications à la PrEP
ETAPE 3 : Choisir la FORME (orale ou injectable) et le schéma d'administration avec le patient. Discuter les avantages et limites de chaque option. Le choix doit être individualisé selon le mode de vie, les antécédents et les préférences du patient.
ETAPE 4 : Prescrire le bilan pré PrEP et la première ordonnance de PrEP (Bien dire au patient d'attendre les résultats du bilan avant de commencer la PrEP)
ETAPE 5 (PrEP orale) : inchangée — RDV à 1 mois avec bilan bio (sérologie VIH, ALAT, clairance créat, IST).
ETAPE 5 bis (PrEP injectable) : RDV à 4 semaines (2e injection). Bilan systématique : sérologie VIH + ALAT. Pas de surveillance du DFG nécessaire.
ETAPE 6 (PrEP orale) : inchangée — tous les 3 mois.
ETAPE 6 bis (PrEP injectable) : suivi sérologie VIH + ALAT à chaque injection pendant les 7 premiers mois (M1, M3, M5, M7), puis tous les 4 mois (soit toutes les 2 injections). ARN VIH uniquement si suspicion clinique de primo-infection.ETAPE 7 : Ne pas oublier de prescrire les vaccinations selon les recommandations et particulièrement :
→ Hépatite B
→ HPV
→ Hépatite A
3ème schéma : la PrEP INJECTABLE par cabotégravir (APRETUDE®) [NOUVEAU 2026]
Ce schéma est indiqué chez toute personne séronégative exposée au VIH pour qui la PrEP orale n'est pas adaptée. Aucune restriction de genre (hommes, femmes, personnes transgenres).
Deux options d'initiation :
OPTION A — SANS phase orale préalable (recommandée dans la majorité des cas) :
J0 : 1re injection IM de cabotégravir 600 mg (protection efficace dès J7)
M1 : 2e injection IM de cabotégravir 600 mg (4 semaines après J0, ± 7 jours)
M3 : 3e injection IM de cabotégravir 600 mg (8 semaines après M1, ± 7 jours)
Puis toutes les 8 semaines (± 7 jours) en entretien
OPTION B — AVEC phase orale préalable (recommandée si antécédents allergiques importants) :
J-30 à J0 : cabotégravir oral 30 mg, 1 cp/jour pendant 30 jours (pour évaluer la tolérance)
J0 : 1re injection IM 600 mg (le dernier jour de prise orale, possible jusqu'à 3 jours après)
Puis idem Option A (M1, M3, puis /8 semaines)
Technique d'injection :
• IM profonde dans le muscle ventro-glutéal ou dorso-glutéal, technique en « Z »
• Aiguille 23G (3,8 cm) si IMC < 30 ; 21G (5 cm) si IMC ≥ 30
• NE PAS masser après l'injection
Tolérance :
• Effets indésirables les plus fréquents : douleur/nodule au site d'injection (transitoire), céphalées, fièvre, élévation des ALAT
• Pas de toxicité rénale (pas de surveillance du DFG nécessaire en cours de suivi)
• Pas d'interaction avec les contraceptifs hormonaux ni avec l'alcool/drogues
ALERTE — Que faire en cas de retard d'injection ?
Les injections peuvent être réalisées entre 7 jours avant et 7 jours après la date prévue. Au-delà de 7 jours de retard :
→ Si relais oral pris dans les temps : reprendre les injections selon le calendrier
→ Si pas de relais oral : avis spécialisé + évaluer l'indication d'un TPE en cas d'exposition au VIH < 48h
→ Concentrations résiduelles de cabotégravir peuvent persister jusqu'à 12 MOIS après la dernière injection : risque de résistance aux anti-intégrases si infection VIH pendant cette période de décroissance
Ordonnance de dépannage (relais oral si injection impossible) :
Cabotégravir APRETUDE® 30 mg cp, 1 cp/jour pendant 30 jours, à débuter au plus tard 7 jours après la date prévisionnelle de l'injection IM.Il n'est pas toujours évident d'aborder les questions de sexualité avec les patients en consultation, pourtant le rôle du MG est d'identifier dans sa patientèle quel patient peut avoir besoin de la PrEP. Il s'agit donc de pouvoir aborder le sujet global de la vie sexuelle de nos patients lors des consultations afin d'identifier les sujets à risque d'exposition au VIH pour ensuite proposer les différents moyens de prévention dont la PrEP.
Nous vous proposons quelques conseils pour aborder ce sujet dans le point suivant 👇
Tout d'abord pour commencer à aborder le sujet, vous pouvez dire cette phrase toute faite, à tous vos patients :
«Je vais vous poser quelques questions sur votre santé sexuelle. La santé sexuelle est très importante pour votre santé globale, je pose donc ces questions à tous mes patients."
puis enchaîner par :
"Avant de commencer, avez-vous des questions ou des préoccupations sexuelles dont vous aimeriez discuter ? »

La PrEP est particulièrement recommandée chez les adolescents ayant une surexposition au VIH, tout particulièrement les adolescents HSH ou les adolescents transgenres.
La PrEP peut être prescrite à des mineurs, sans obligatoirement en informer leurs parents ou leur tuteur :
👉🏻 Le mineur choisit un majeur référent l’accompagnant au cours sa prise en charge : parent, proche, une personne faisant partie du personnel médical.
La PrEP injectable peut être prescrite à un·e adolescent·e mineur·e exposé·e au VIH, après concertation pluridisciplinaire au sein ou auprès d'une équipe experte, à condition que :
• Le/la mineur·e pèse plus de 35 kg
• Il/elle puisse exercer son libre consentement aux rapports sexuels qui l'exposent au VIH (art. 222-29-2 du Code pénal)
La question de l'enfance en danger doit être systématiquement évaluée 💎
L'arrêt de la PrEP injectable doit être CONCERTÉ entre le patient et son médecin en raison de la persistance de concentrations infra-thérapeutiques du cabotégravir pendant plusieurs mois (jusqu'à 12 mois après la dernière injection).
En cas de poursuite de l'exposition au VIH après l'arrêt :
→ Instaurer une autre stratégie préventive (préservatifs, PrEP orale) dans les 2 mois suivant la dernière injection
→ Informer le patient du risque de résistance aux anti-intégrases en cas d'infection VIH pendant la phase de décroissance du cabotégravir.
Voilà à ce stade, vous êtes théoriquement en mesure de prescrire et de suivre un patient sous PrEP. 👍👍👍
Attaquons maintenant la 2ème partie de cet épisode en cliquant sur la vidéo du Dr Boyer, infectiologue au CHRU de Nancy qui vous résume les éléments clefs à retenir 😉
Rendez-vous après la vidéo pour les QCM ! Bonne projection 🎥 😉
- Pas le temps pour la vidéo ?
- C’est pas grave, faites une pause, vous pourrez reprendre plus tard nous mesurons le temps de formation, chacun son rythme !