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Au cours de ce cas clinique, vous verrez :
Comment différentier RGO physio et pathologique ?
Comment faire le diagnostic d'Allergie aux protéines de lait de vache ? Pourquoi différentier forme IgE médiée et non IgE médiée est capitale ?
Comment faire un test d'éviction aux PLV ? Quel lait ensuite prescrire ? Comment faire la diversification alimentaire en cas d'ALPV?
Quand et comment faire une réintroduction aux PLV en MG ? Quand adresser à l'allergologue ? Qu'est ce que le SEIPA ?
A la fin de ce cas clinique, vous recevrez :
Une fiche de synthèse sur RGO et ALPV, une fiche sur le SEIPA, des protocoles de réintroduction des PLV à domicile, des modèles d'ordonnance type !
100% MG, 100% EBM, fait par et pour les médecins, 100% indépendant de l'industrie pharmaceutique
Dernière consultation de la journée, vous recevez Ayden, âgé de 2 mois.
C'est le premier enfant du couple. Il a été allaité pendant 6 semaines, puis nourri avec une formule standard à base de protéines de lait de vache.
Notion d’atopie familiale (mère asthmatique, père souffrant de rhinite). Grossesse normale, accouchement par voie basse, enfant eutrophique.
La maman vous rapporte des régurgitations et des pleurs en soirée. L’enfant prend des rations correctes et grossit bien. Les selles sont volontiers glaireuses mais non sanglantes.
Les parents sont inquiets et, à l’examen, vous constatez un léger ballonnement ainsi que des plaques rouges sur le visage.
La courbe de poids est normale.
Quelles sont les affirmations justes ?
Les bonnes réponses sont A et B.
Réponse A : Vrai. Sept nourrissons sur dix régurgitent : c'est physiologique, lié à l'immaturité du sphincter et à l'alimentation lactée, et cela disparaît dans 95 % des cas vers 12–14 mois.
👉 Trois éléments me rassurent immédiatement :
Si ces trois feux sont au vert, je peux poser le mot "physiologique" lors de la consultation en l'expliquant aux parents.
Réponse B : Faux. Banaliser totalement est une erreur. Si la majorité des RGO sont bénins, la consultation doit permettre deux actions :
1) Dépister activement les signes d'un RGO compliqué (œsophagite, complications ORL/respiratoires) et
2) Éliminer les diagnostics différentiels. Ici, l'association régurgitations + pleurs + selles glaireuses + eczéma chez un terrain atopique doit faire évoquer un autre diagnostic : l'APLV. C'est justement cette intrication RGO-APLV dont il est question dans ce cas clinique, car c'est une situation très fréquente au quotidien !
« Tous les bébés pleurent » est vrai, mais ne dispense jamais d'une évaluation structurée et d'une réévaluation programmée.
Réponse C : Vrai. La recherche de signes d'alerte est la clé de sécurité. Les red flags à connaître sont, comme toujours chez l'enfant, => une cassure de la courbe pondérale, et plus spécifiquement dans le RGO :
💎 Un RGO doit disparaître avec l'acquisition de la marche. Sa persistance au-delà n'est pas normale ! 💎
Leur absence oriente vers un RGO non compliqué ; leur présence impose des explorations et/ou un avis spécialisé.
Réponse D : Faux. Ni IPP, ni pH-métrie ne sont indiqués ici.
Les IPP n'ont pas d'efficacité démontrée sur les pleurs et les régurgitations du nourrisson et exposent à des effets indésirables (infections, etc.). Ils sont réservés à l'œsophagite documentée.
La pH-métrie/impédancemétrie est un examen de seconde intention, en milieu spécialisé. Prescrire ces examens en première ligne est non conforme et chronophage.
La bonne attitude est clinique : rassurer, mesures hygiéno-diététiques, et réévaluation.
L'essentiel à retenir concernant le RGO chez le nourrisson, résumé dans cette courte vidéo par le Dr Jérôme Kieffer, pédiatre :
En reprenant l'histoire d'Ayden, un détail vous saute aux yeux : régurgitations, pleurs du soir et selles glaireuses se sont installés après le passage de l'allaitement maternel à la formule à base de protéines de lait de vache, vers la sixième semaine. Le terrain est parlant : mère asthmatique, père rhinitique, et ces plaques rouges du visage ont tout d'un eczéma débutant. Devant cette triade « terrain atopique + signes cutanés + troubles digestifs chronologiquement liés à l'introduction des PLV », vous pensez à une allergie aux protéines de lait de vache.
À propos des ALPV, quelles sont les affirmations justes ?
Les bonnes réponses sont B et C.
Réponse A : Faux. Le tableau d'Ayden (symptômes digestifs chroniques + eczéma, d'apparition retardée, sans réaction immédiate) évoque une forme non IgE-médiée, pour laquelle les IgE spécifiques et les prick-tests sont peu contributifs (souvent négatifs) et ne doivent pas être demandés en routine.
Les explorations IgE ne se justifient qu'en cas de suspicion de forme IgE-médiée : réaction immédiate (< 2 h), urticaire aiguë, angio-œdème, vomissements explosifs, anaphylaxie. Demander un bilan IgE « pour être sûr » ici est un faux pas fréquent.
Réponse B : Vrai. Devant une suspicion d'APLV non IgE-médiée, on propose un régime d'éviction strict des PLV pendant un mois (formule de substitution si allaitement arrêté ; éviction maternelle si allaitement poursuivi). L'amélioration des symptômes sous éviction est un argument diagnostique fort. C'est une démarche pragmatique, accessible en ville, qui évite les examens inutiles.
Réponse C : Vrai. Le test d'éviction-réintroduction est le gold standard en médecine de ville : disparition des symptômes sous éviction puis réapparition à la réintroduction des PLV. C'est cette réintroduction qui confirme le diagnostic et évite les évictions abusives et prolongées à tort. Elle est trop souvent omise en pratique, alors qu'elle conditionne la suite de la prise en charge !
Réponse D : Faux. Le dosage des IgG (et IgG4) anti-aliments n'a aucune valeur diagnostique et ne doit jamais être prescrit (position constante des sociétés d'allergologie). Un IgG positif traduit une simple exposition alimentaire, pas une allergie. S'appuyer dessus conduit à des régimes d'éviction injustifiés. À proscrire formellement et à expliquer aux familles qui en font la demande !
Pour synthétiser : pourquoi distinguer cliniquement une APLV IgE-médiée d'une forme non IgE-médiée ?
Car c'est la question qui oriente tout. La forme IgE-médiée est immédiate : moins de 2 heures, urticaire, angio-œdème, vomissements explosifs, voire anaphylaxie. La forme non IgE-médiée est retardée et chronique : symptômes digestifs, selles glaireuses, eczéma, sur plusieurs jours.
👉 Cette distinction n'est pas académique : elle décide de l'intérêt ou non des tests allergologiques biologiques, et du caractère sécurisé ou non d'une réintroduction !
💎 APLV IgE médiée = immédiate (< 2 h) et brutale ; APLV non-IgE médiée = symptômes retardés/chroniques 💎
Dr Jérôme Kieffer, pédiatre, nous résume l'essentiel à savoir :
Les semaines passent. Convaincue que tout est rentré dans l'ordre, la maman tente, vers 3 mois, de redonner à Ayden une préparation standard. Mal lui en prend : apparaissent rapidement diarrhées et vomissements, heureusement sans cassure pondérale, mais suffisamment marqués pour justifier une courte hospitalisation.
Ayden est mis sous NUTRAMIGEN® puis rendu à sa famille, avec une symptomatologie digestive résiduelle : quelques régurgitations et des selles liquides.
À 4 mois, il revient à votre cabinet : le ventre est ballonné, les diarrhées persistent et l'eczéma refait surface.
Ça commence à traîner, cette histoire…
Quelle est votre attitude à présent ?
Les bonnes réponses sont B et C.
Réponse A : Faux. Sous hydrolysat bien conduit, la persistance des symptômes s'explique le plus souvent par une APLV insuffisamment contrôlée (forme sévère / tolérance imparfaite), pas par une autre pathologie organique. En l'absence de signe d'alerte spécifique (cassure pondérale, rectorragies abondantes, masse, etc.), un bilan « complémentaire » et une échographie en première intention sont peu contributifs, anxiogènes et chronophages. La priorité est thérapeutique, puis réévaluation.
Réponse B : Vrai. La persistance digestive associée à la rechute de l'eczéma malgré un hydrolysat définit un échec de cet hydrolysat. C'est une indication reconnue de la formule d'acides aminés (FAA). On prescrit la FAA et on réévalue cliniquement à 3 semaines (selles, ballonnements, eczéma). C'est l'escalade thérapeutique graduée et contrôlée attendue.
Réponse C : Vrai. L'eczéma se traite quel que soit le statut allergique : émollients pluriquotidiens (socle) + dermocorticoïdes sur les poussées, protocole écrit, lutte contre la corticophobie.
Réponse D : Faux. Retarder la diversification = aucun bénéfice démontré, et potentiellement délétère. Les recommandations restent inchangées : diversification entre 4 et 6 mois, même en cas d'APLV, en évitant simplement les PLV ; la retarder pourrait favoriser de nouvelles sensibilisations. C'est un point important à connaître, une APLV ne doit pas retarder la diversification.

Cette fois, la prise en charge porte ses fruits. Sous FAA, Ayden reprend +1 déviation standard de poids en un mois et demi !
Les troubles digestifs s'effacent et l'eczéma régresse. Vous retrouvez en consultation un nourrisson bien plus souriant et confortable.
L'enfant tolère déjà quelques cuillères de yaourt.
Confiante, la maman vous pose alors LA question : peut-elle réintroduire les protéines de lait de vache, et si oui, selon quelles modalités ?
Que lui conseillez-vous ?
Les bonnes réponses sont B, C et D.
Réponse A : Faux. Attendre 15 mois « par prudence » n'a aucun fondement. Chez un enfant qui va bien, avec des IgE négatives et tolérant déjà des produits lactés transformés, retarder ne fait que prolonger inutilement l'éviction. La réintroduction se décide sur la tolérance et le profil, pas sur un âge arbitraire.
Réponse B : Vrai. La réintroduction à domicile peut se faire chez Ayden. Il a un profil favorable (forme non IgE-médiée, croissance restaurée, IgE négatives, tolérance déjà acquise du yaourt).
Réponse C : Vrai. Avant la réintroduction, il faut systématiquement doser les IgE pour savoir si l'enfant n'est pas passé d'une forme non IgE médiée à une forme IgE médiée : c'est fréquent ! Si l'enfant est passé en forme IgE médiée, c'est une contre-indication à la réintroduction à domicile +++
Réponse D : Vrai. On peut donner un horizon : la majorité des APLV non IgE-médiées guérissent / acquièrent la tolérance entre 1 et 3 ans (souvent dès la première année pour les formes légères). Annoncer cette évolution favorable rassure la famille et cadre le suivi !
APLV : les points clés à retenir sont donc :
1) Est-ce une forme IgE médiée (forme bruyante et aiguë : urticaire, angio-œdème) ou non IgE médiée (forme chronique peu bruyante mais la plus fréquente +++) ?
2) Dans la forme non IgE médiée : on passe à l'hydrolysat de lait de vache ou au lait de riz. Aucun autre lait n'est validé. Si les symptômes persistent, on passe en 2e temps aux FAA (Formule d’acides aminés).
3) Dans la forme IgE médiée : on passe directement en 1re intention aux FAA et on demande le suivi en allergologie car la réintroduction devra se faire par un allergologue. Forme IgE médiée = FAA + avis allergologique pour suivi et réintroduction en milieu hospitalier.
4) Dans la forme non IgE médiée : hydrolysat puis diversification alimentaire non retardée et débutée entre 4 et 6 mois, puis on envisage la réintroduction à domicile vers l'âge d'un an uniquement après avoir prouvé à cet âge que les IgE sont négatifs (bilan à faire à 12 mois).

Dr Kieffer nous explique comment faire la réintroduction en pratique en cabinet :
Les IgE sont négatifs. Vous voilà prêt à remettre à la maman un protocole de réintroduction à domicile. Mais avant de la laisser repartir, un réflexe de prudence s'impose : tous les enfants ne sont pas éligibles à une réintroduction à domicile.
Certains tableaux imposent au contraire de passer la main et d'organiser l'épreuve en milieu hospitalier, sous surveillance, en raison du risque anaphylactique.
Vous repassez donc mentalement le dossier d'Ayden en revue, à la recherche d'un signal d'alarme.
Parmi les situations suivantes, lesquelles contre-indiquent une réintroduction à domicile ?
Les bonnes réponses sont A, B et C.
Réponse A : Vrai. On l'a vu, forme IgE médiée = prise en charge par l'allergologue en milieu hospitalier. Urticaire aiguë = réaction immédiate, mécanisme IgE-médié à risque anaphylactique = réintroduction en milieu hospitalier sous surveillance (test de provocation supervisé), jamais à domicile.
Réponse B : Vrai. C'est le piège ! En cas d'APLV, il existe une forme clinique grave avec un tableau évoquant la forme la plus sévère des IgE non médiée : le SEIPA (syndrome d'entérocolite induite par les protéines alimentaires), forme potentiellement sévère, jusqu'au choc. Même s'il s'agit d'une forme d'APLV non IgE médiée, il faut confier l'enfant en milieu hospitalier car le risque de déshydratation sévère et de collapsus dû à l'entérocolite est trop important !
Voici une fiche de synthèse sur le SEIPA :

Réponse C : Vrai. Une cassure de la courbe, tout comme un eczéma atopique qui reste mal contrôlé, sont des critères pour ne pas faire la réintroduction au domicile.
En synthèse, la réintroduction à domicile pourra se faire la plupart du temps, mais il faut vérifier les 4 grandes situations la contre-indiquant :

Voici la fiche de synthèse de guideline.care pour se repérer à travers RGO, APLV et eczéma en consultation de MG :

Cela reste un peu confus ? Dr Jérôme Kieffer vous résume dans cette courte vidéo les 10 points clés à retenir :
Et voilà, c'est la fin de ce cas clinique ! À bientôt !

Les 10 points clefs à retenir en MG :
1) Le RGO du nourrisson est dans la majorité des cas physiologique, savoir poser les bonnes questions pour dépister un RGO compliqué
2) Devant des pleurs persistants avec troubles digestifs, connaître les principaux diagnostics (RGO compliqué, APLV mais aussi dépression maternelle)
3) Connaître les éléments cliniques et biologiques en faveur d’une APLV IgE médiée et non IgE médiée
4) Les hydrolysats de PLV ou les laits de riz sont les seules alternatives comme traitement d’une APLV (pas de laits de soja ou végétaux)
5) En cas d’échec sous HPLV prescrire un bilan complémentaire et discuter un avis spécialisé pour mise sous Formule D’acides Aminés (FAA)
6) En cas d’APLV, la diversification alimentaire ne doit pas être modifiée (4-6 mois)
7) Il est possible de proposer une réintroduction au domicile avec des protocoles écrits sous couvert d’un bilan biologique de contrôle (IgE PLV -)
8) Connaître les CI à une réintroduction à domicile: réaction allergique, IgE +, SEIPA
9) Ages de réintroduction vers 09-12 mois si tests négatifs, après 12-18 mois sinon
10) Penser APLV également si troubles digestifs isolés sans autres symptômes.
Fiche RGO et ALPV en MG :

Protocole de réintroduction des PLV :

Fiche de synthèse sur le SEIPA :
