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Au terme de ce cas clinique, vous aurez revu :
Quelle est la CAT face à un pic à l'électrophorèse des protéines ?
Comment faire la différence entre une GMSI (MGUS), un myélome indolent et un myélome multiple ?
Quand et avec quel bilan adresser à l'hématologue ?
Comment surveiller une MGUS, un myélome indolent et un myélome multiple ?
A la fin du cas clinique corrigé, vous recevrez :
les 10 points clefs à retenir concernant les pics d'électrophorèse des protéines en MG,
une fiche de synthèse sur la CAT en MG concernant l'électrophorèse des protéines en MG,
👉 tout pour gérer au quotidien simplement, rapidement et en mode Evidence Based Medicine (EBM) 😉
Madame Z, 52 ans, vous consulte en ce lundi matin avec les résultats de sa prise de sang comprenant une électrophorèse des protéines sériques (EPS).
Vous aviez demandé cette EPS devant des épisodes infectieux plus fréquents durant l'hiver dernier.
Voici les résultats :

Pas d'antécédent notable.
Face à ce résultat, quelle est la conduite à tenir la plus appropriée ?
Les bonnes réponses sont B et D.
Réponse A : Faux. Il s'agit ici d'un pic large et non étroit dans l'EPS. Une hypergammaglobulinémie polyclonale peut être un signe d'une infection, d'une inflammation, d'une maladie auto-immune mais elle n'indique pas un problème hématologique nécessitant d'adresser à l'hématologue. C'est l'hypergammaglobulinémie monoclonale qui doit faire suspecter une hémopathie. Il convient donc de bien différencier les 2 pics.
Réponse B : Vrai. Il est possible que l'hypergammaglobulinémie polyclonale (HγP) soit liée à une infection aiguë récente. Il est donc recommandé de répéter l'EPP après la résolution des symptômes.
👉🏻 Attention : une HγP entre 15 et 20 g/L peut aussi être physiologique (patients africains ...) mais une HγP > 30g/L est TOUJOURS PATHOLOGIQUE +++ et nécessite alors un bilan étiologique.
Il y a alors 2 grandes causes à rechercher :
Réponse C : Faux. Même si une hypergammaglobulinémie polyclonale peut être physiologique ou concomittante d'une infection aiguë récente, elle nécessite un contrôle à distance de l'épisode aigu.
Réponse D : Vrai. Les infections à répétition que l'on juge inexpliquées peuvent faire l'objet d'une prescription d'électrophorèse des protéines sanguines. Il existe une recommandation HAS sur ce sujet : "Quand prescrire une électrophorèse des protéines sériques (EPS) et conduite à tenir en cas d'une immunoglobuline monoclonale".
Pic en gamma à l'électrophorèse des protéines sériques : quel réflexe avoir en pratique ? Résumé en 1 diapositive :

Que retenir sur sur l'électrophorèse des protéines sériques avec Dr Clément Filliatre, hématologue à Nancy :👇
Découvrir une hypergammaglobulinémie polyclonale (pic large) sur une EPS pose un défi de communication, d'autant que le résultat arrive souvent hors consultation. L'enjeu : convertir une ligne de laboratoire ambiguë en un plan accepté, sans déclencher la « peur du myélome » ni négliger un pic > 30 g/L.
Trois outils s'appliquent au rendu de résultat. Le modèle en trois temps : d'abord ce que le patient a compris/craint, puis votre analyse (large = polyclonal ≠ étroit = monoclonal ; > 30 g/L toujours pathologique), enfin la décision partagée. Problème → plan : votre livrable n'est pas le chiffre mais l'action suivante, datée. Le filet de sécurité : avant le départ du patient, savoir ce qu'on attend, comment repérer un écart, et quoi faire alors.
En pratique : formuler d'emblée en « problème → plan » avec un message factuel et rassurant calibré ; verrouiller et tracer le recontrôle à distance de l'épisode aigu en organisant un rappel actif ; désamorcer la confusion poly/monoclonal en nommant ce que ce n'est pas (« pas une maladie du sang »).
6 ans plus tard Mme Z. vient vous voir pour un un tout autre problème, elle a des lombalgies d'horaire inflammatoire, un bilan biologique montre une VS élevée avec CRP normale.
Mme Z. n'a pas eu de traumatisme récent et compte tenu de la présentation clinique et de la dissociation VS / CRP vous avez demandé une électrophorèse des protéines sanguines (EPS).
L'électrophorèse des protéines sériques révèle cette fois une hypergammaglobulinémie monoclonale.
Quelle est la conduite à tenir dans le cas d'une hypergammaglobulinémie monoclonale ?
La bonne réponse est B.
Réponse A : Faux. Une hypergammaglobulinémie monoclonale peut être le signe d'une pathologie maligne et nécessite une évaluation approfondie sans attendre. Comme vu plus haut, il ne s'agit pas du tout de la même situation qu'une hypergammaglobulinémie polyclonale +++

Réponse B : Vrai. Les principales hémopathies malignes associées aux gammapathies monoclonales sont
La caractérisation de l'immunoglobuline monoclonale est donc indispensable car elle conditionne l'enquête étiologique et la surveillance.
Réponse C : Faux. Le myélogramme n'a pas sa place, à ce stade. En effet, le myélogramme est indiqué uniquement dans le bilan du myélome multiple c'est à dire des gammapathies non IgM. Là on n'a pas encore le type monoclonal donc ce n'est pas indiqué. Retenez que le myélogramme sera demandé à l'hématologue après évaluation => ce n'est pas en MG qu'il faut discuter du myélogramme.
Réponse D : Faux .Le scanner thoraco-abdomino-pelvien n'est justifié que si la gammapathie monoclonale est IgM à la recherche d'un syndrome tumoral profond. Là aussi, il s'agit d'un examen qui sera demandé dans un temps second après l'immunofixation des protéines sériques et par l'hémato !
La patiente revient avec son Immunofixation des protéines sériques qui confirme la présence d'une immunoglobuline monoclonale Ig G.
Quelles sont les affirmations exactes ?
Les bonnes réponses sont B et C.
Réponse A : Faux. Une gammapathie monoclonale à IgG peut être une GMSI (Gammapathie Monoclonale de Signification Indéterminée), un myélome indolent ou un myélome multiple. La prise en charge n'est pas la même. Il ne faut surtout pas parler de myélome à ce stade car cela peut être très anxiogène pour les patients alors qu'ils peuvent être atteint de GMSI qui ne nécessitent pas du tout la même approche ni le même pronostic. Agissons donc par étape successives en matière d'EPS :
Question 1 : Est-ce un pic MONO ou POLYCLONAL ?
Question 2 : Si c'est un pic MONOCLONAL, je confirme par une IMMUNOFIXATION des PROTIDES SERIQUES.
Question 3 : Si c'est une gammapathie monoclonale non IgM => Je demande un bilan complémentaire pour différencier :
Réponse B : Vrai, il faut adresser à l'hématologue qui justement répondra à la question 3 du raisonnement que l'on vient de décrire. Il est conseillé d'adresser dans la semaine ou les 15 jours max à l'hématologue.
Réponse C : Vrai. Pour répondre à la question 3 cad : est-ce une GMSI, un myélome indolent ou un myélome multiple, il est super de demander un bilan en amont, cela fera gagner du temps car l'hématologue pourra grâce à ce bilan répondre à la question.
Quand retenir le diagnostic de GMSI ?
Une GMSI est définie par la présence des trois critères :
CRAB = acronyme pour calcemia, renal disease, anemia, bone lesions
Si le bilan de 1ère intention est normal, et Pic IgG < 15 g/l ou pic IgM < 10g/l = diag de GMSI
La GMSI est la plus fréquente des gammapathies monoclonales ; sa prévalence augmente avec l’âge : 0,5 % à 30 ans, 2 % à 50 ans, pour atteindre 10 % à plus de 80 ans.
Qu’est ce qu’un Myélome indolent ? Qd et avec quel examen adresser à l’hématologue ?
Un myélome indolent (MI) se définit par la présence d'un patient asymptomatique (absence de symptômes CRAB) et par la présence d’un pic monoclonal supérieur à 30 g/l ou d’une plasmocytose médullaire supérieure à 10 %.
Mon astuce d'hématologue 💎 :
👉 Comment communiquer avec un malade présentant une GMSI ? Que dire ? Expliquer cette situation et clarifier les craintes possibles des malades.
Il faut expliquer qu'il s'agit d'une anomalie fréquente de la prise de sang après un certains âge (5% après 70 ans). Le risque d’une GMSI est lié à son évolution potentielle vers une hémopathie lymphoïde : principalement le Myélome Multiple (GMSI de type IgG, IgA ou chaînes légères), la maladie de Waldenström (GMSI de type IgM), l’amylose AL ou un lymphome B indolent.
Ce risque de progression est assez homogène, de l’ordre de 1 % par an.
👉 Comment communiquer avec un malade présentant un Myélome indolent ? Que dire ? Comment expliquer cette situation et clarifier les craintes possibles des malades ?
Risque d’évolution d’un MI vers un myélome symptomatique est plus élevé, de l’ordre de 10 % par an les cinq premières années ; puis 3 % par an les cinq années suivantes, puis retrouve après dix ans un risque de 1% par an
Certains critères font craindre une évolution rapide (50% dans l’année) : Plasmocytose médullaire > 60 % et/ou Ratio de chaînes légères > 100 et/ou présence d’au moins une lésion focale > 5 mm à l’IRM.
Dans cette video, Dr Clément Filliatre nous explique l'essentiel à retenir :
L'hématologue vous envoie son courrier par messagerie sécurisée Apicrypt MS santé concernant le compte rendu de consultation de Mme Z. Il vous remercie d'avoir demandé une NFS, calcémie et créatininémie. Et vous informe qu'il a pratiqué un myélogramme retrouvant 12% de plasmocytes dans la moelle. La patiente présentait une créatininémie normale et une calcémie à 3 mmol/L. La NFS retrouve une légère anémie à 10g/dL.
Quel est donc le diagnostic retenu ?
La bonne réponse est B.
Réponse A : Faux. Le myélome indolent se définit par une plasmocytose > 10% ET sans anomalie biologique (CRAB) ET sans anomalie radiologique.
Réponse B : Vrai. Les critères diagnostiques du MM ont été mis à jour :
Pour affirmer le diagnostic de MM, il est nécessaire d'avoir mis en évidence :
soit par un plasmocytome osseux ou extraosseux prouvé par une biopsie.
ET
Réponse C : Faux. Une GMSI est définie par la présence des trois critères :
CRAB = acronyme pour calcemia, renal disease, anemia, bone lesions
Réponse D : La maladie de Waldenström est une hémopathie à Ig M.
Je vous résume l'essentiel à savoir concernant le myélome multiple dans sa phase diagnostique durant cette courte video 👇
Une chimiothérapie a été débutée. Vous passez à la maison de la patiente, qui vous a appelé car elle n'arrive pas à uriner. Elle a mal aussi à la face latérale des cuisses. Il existe une abolition du réflexe achilléen gauche.
Que demandez-vous comme examen(s) en urgence ?
La bonne réponse est C.
Réponse A : Faux. Le scanner du rachis n'est pas l'examen de choix devant un tableau aigu de syndrome de queue de cheval. Le scanner osseux faible dose est indispensable à la phase diagnostique de myélome afin de rechercher des lésions lytiques menaçantes (risque de fracture pathologique d'os long, risque de fracture vertébrale pouvant être responsable de compression médullaire ou de syndrome de la queue de cheval). La mise en évidence de lésion lytique menaçante conduira à proposer une prise en charge spécifique en plus de la chimiothérapie (cimentoplastie, enclouage préventif ou ostéosynthèse, rachidienne).
Réponse B : Faux. Le TEP scanner dans ce contexte d'urgence n'est pas indiqué. Pour information, le TEP scanner peut-être indiqué dans le cadre d'une gammapathie monoclonale de signification indéterminée ou de myélome indolent à la recherche de lésion osseuse dans le cadre d'une cartographie d'éventuelles lésions osseuses.
Réponse C : Vrai Le tableau clinique évoque en première hypothèse un syndrome de la queue de cheval. L'examen à réaliser en urgence est donc une I.R.M lombaire. Inutile de perdre du temps à le faire en ville puis à transférer le malade en CH. Il faut adresser la malade en CH avec un plateau technique neurochirurgical rachidien.
Dr Clément Filliatre (Hématologue) et Dr Merlot (Neurochirurgien) vous résume tout ici 👇
Et voilà c'est la fin de ce cas clinique ! Rdv la semaine prochaine 😄
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Les 10 points clefs à retenir :
1) Les gammapathies polyclonales et monoclonales n'ont pas du tout le même bilan étiologique, les différentier est donc très important.
2) En cas de gammapathie polyclonale, recherchez une hépatopathie ou une maladie de système sans oublier qu'en dessous de 20g/dL cela peut être normal idem en période de d'infection aiguë.
3) En cas de gammapathie monoclonale suspectée à l'EPS il faut la confirmer à l'immunofixation des protéines sériques avant de conclure à une gammapathie monoclonale certaine.
4) Une gammapathie monoclonale peut être due à une MGUS, un myélome (indolent ou multiple) ou un Sd lymphoprolifératif (maladie de Waldenström ou LLC).
5) Différentier MGUS, myélome ou sd lymphoprolifératif nécessite un avis hématologique. La différence se fait selon les critères CRAB. Calcémie, Créat, Anémie, Bone Lésions
6) La recherche de lésion osseuse passe par un scanner osseux low dose corps entier dans la phase diagnostique, ne plus rester aux simples radiographies.
7) La MGUS (Monoclonal Gammopathy of Undetermined Significance) présente un risque de progression vers une maladie telle que le myélome, la maladie de Waldenstrom ou de 1 % par an. Aucun traitement et surveillance de l’EPP, calcémie, NFS, fonction rénale, examen clinique à 3 mois, 6 mois puis tous les ans.
8) Pour les myélomes indolents, abstention thérapeutique et surveillance plus rapprochée de ces paramètre car le risque de passage à un myélome multiple est de 10%/an !
9) Pour les myélomes multiples, on ne sait que ralentir ou mettre en rémission mais pas guérir cette pathologie. Le traitement repose sur la chimiothérapie et les immunomodulateurs (Imids) et la corticothérapie.
10) Les patients avec un myléome multiple sont immunodéficients, surveiller le risque d'infections bactériennes. Les infections, qu’elles soient virales ou bactériennes, représentent la première cause de décès chez les patients atteints de MM.
Une fiche de synthèse reco :
Les hypergammaglobulinémies :
👉 Retrouvez nos +600 fiches recos activables en consultations de médecine générale dans notre section "fiches reco" sur le site www.guideline.care !